J'ai connu beaucoup de gens riches, attirés par beaucoup d'artistes pauvres, qui, soit par intérêt réel, soit par fantasme, décidaient d'investir dans le show-business.

Dans la plupart des cas, ces associations tournaient rapidement au désastre pour l'une des raisons suivantes.
Contrairement à ce qu'on entend généralement, il est beaucoup plus fréquent qu'un artiste vole un investisseur, que le contraire. Ce n'est ni typique au milieu musical (il se passe la même chose dans le cinéma et le monde des inventions techniques), ni une volonté pure d’arnaquer.
La première question que pose tout investisseur est toujours la même: combien ça coûte? Combien ça rapporte? Quand c'est l'artiste lui-même qui organise le deal, il a naturellement tendance à diminuer les coûts et à augmenter les bénéfices. En cours de production, de nouveaux postes apparaissent qui n'avaient pas été prévus. L'investisseur commence par s'inquiéter, puis il perd successivement patience, confiance et pieds. À la fin, il perd aussi la totalité de son investissement et ne veut plus entendre parler du show-business.
Puisque j'ai réussi dans les affaires, pourquoi ne réussirai-je pas dans la musique en utilisant les mêmes méthodes?»: un investisseur qui entre dans le milieu musical avec ce genre de certitude est sûr d'en sortir bien vite. Un milieu n'est pas l'autre, et les relations humaines dans cette industrie ont peu de rapport avec toute autre. Il faut beaucoup de temps pour comprendre que la base de tout succès repose d'abord sur la personne même de l'artiste. Un coiffeur répondra que c'est pareil pour son commerce: s'il n'est pas là, les clients ne viennent pas. Mais si le commerce du coiffeur repose sur ses épaules, celui de l’artiste repose aussi sur sa tête, ses jambes, son sexe, son coeur, ses états d'âme, son conjoint, sa mère et son ego. Ça fait beaucoup de monde et bien peu d’investisseurs venus du monde extérieur, surtout s'ils ont réussi dans les affaires, sont prêts à affronter ce qu'ils considèrent comme des caprices de leurs poulains.
L’argent parvient rarement à acheter le succès dans l’industrie musicale. Peu de gens acceptent cette vérité qui est pourtant fondamentale. L'argent agit comme un engrais. Il fait croître plus vite ce qui devait pousser et donne parfois une forme commerciale aux fruits de la nature. Les relations professionnelles, pour continuer dans mes comparaisons horticoles, agissent, elles, comme des tuteurs: elles donnent une direction ferme vers le soleil en empêchant les errements et autres gaspillages d'énergie. Mais bref, pour en finir avec mes plantes (j’ai fait pousser des tomates cet été), personne n'a jamais réussi dans le show-business à cause des relations ou de l’argent, comme aucune plante, j'y reviens quand même, n'a jamais existé à cause d'un engrais ou d'un tuteur.
Dans l'industrie du cinéma, où les montants en jeu sont beaucoup plus élevés que dans la musique, on donne généralement les conseils suivants aux investisseurs:
1 - Examiner préalablement la réputation du candidat, d'un point de vue humain et professionnel
2 - N’investir que ce qu'on est prêt à perdre;
3 - Consulter un avocat spécialisé et établir un contrat écrit avec clause d’arbitrage;
4 - Identifier le marché potentiel du produit;
5 - Faire partager le risque à l'artiste;
6 - S'assurer que les fonds sont dépensés sur la production.
Chacun de ces points
mériterait un examen détaillé.
Un article d'Hubert
Mansion,
dont je vous recommande chaudement le livre :
"Tout le monde vous dira
NON"
(There is no business like Show-Business)
Vous trouverez également d'autres articles de ce professionnel de la question sur : showbusiness.over-blog.com